Le français et l’anglais : une question de dessins et de couleurs

Une des révélations les plus intéressantes de la psycholinguistique est que la langue qu’on parle nous fait voir le monde d’une certaine manière. Ce qui veut dire qu’on ne voit pas tous la même réalité. Cela a, évidemment, des implications dans la traduction, surtout si on veut éviter que notre traduction soit trop littérale.

En parlant des différences entre le français et l’anglais, Le philosophe et historien français, Hippolyte Taine (1828-1893), disait :

« Traduire en français une phrase anglaise, c’est copier au crayon gris une figure en couleur. Réduisant ainsi les aspects et les qualités des choses, l’esprit français aboutit à des idées générales, c’est-à-dire simples, qu’il aligne dans un ordre simplifié, celui de la logique. »

On peut dire que l’inverse est aussi vrai. Pour traduire en anglais une phrase française, il faut ajouter de la couleur.

En effet, d’une façon générale, les mots français sont plus abstraits que leurs équivalents en anglais. Autrement dit, le français a une préférence pour ce qu’on appel en linguistique des mots signes, ou des termes généraux. L’anglais, par contre, préfère des mots images, qui sont (comme leur nom l’indique) plus imagés et plus descriptifs par rapport à la réalité concrète.

En plus, souvent le mot signe français sert comme dénominateur commun a des séries de mots images synonymes en anglais. Un point qu’on peut facilement illustrer avec quelques exemples tirés de l’excellent ouvrage de Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet, Sylistique comparée du français et de l’anglais :

1) Le mot français « coup », peut être utilisé pour décrire un tas de phénomènes très différents. Mais pour le traduire en anglais, on est obligé de choisir parmi toute une gamme d’équivalents selon la situation spécifique : « blow », « cut », « stroke », « shot », « kick », « clap », « gust », « crack »…

2) Dans les perceptions auditives et visuelles, pour traduire « grincement » en anglais on peut, selon la situation, choisir entre « grating », « squeeking », « creaking », « grinding », ou même « gnashing ». Et pour traduire le verbe « luire », c’est difficile de ne pas avoir une certaine admiration pour les choix allitératifs de l’anglais, entre « to glimmer », « to gleam », « to glow » « to glisten », ou « to glint ».

Bien sûr, cela ne veut pas dire que le français est toujours plus abstrait que l’anglais. Il arrive, bien que rarement, que le français soit plus descriptif. Par exemple, l’anglais doit se contenter de « bell » là où le français offre un choix entre « cloche », « clochette », « sonnette », « grelot », et « timbre ». Dans ce cas, pour pouvoir distinguer entre ces choix, l’anglais doit utiliser des adjectifs en plus.

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